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CALLIGRAMMES


Hypolite peint sur d’anciens draps où d’autres ont dormi et qu’elle s’approprie en y séjournant quelques nuits. Chargés d’Histoire et d’histoires, tissés de rêves et d’étreintes, langes ou linceuls peut-être, ces mues symboliques transmettent aux peintures d’Hypolite leur matérialité charnelle autant que leur énergie spirituelle.

Sur ce parchemin viennent s’écrire en palimpseste de nouveaux récits, eux aussi intimes et universels. Ils portent témoignage du monde tel qu’il va, de sa détresse, de sa violence, de sa folie : ville détruite, paysages dévastés, animaux furtifs, fugitifs, symboles d’une culture, d’une nature et d’une humanité menacées ou molestées.


Cette vocation narrative et testimoniale, première, s’exprime surtout dans la part figurative des peintures. Mais dès l’abord, elle s’accompagne et s’enrichit d’une dimension métaphysique. Il ne s’agit pas de représenter notre temps ou certains de ses événements, comme des ensembles cohérents et ordonnés, mais de nous donner à sentir leur irréductible incohérence et leur inacceptable barbarie. Le vocabulaire figuratif métaphorique - bestiaire et motifs végétaux stylisés jusqu’à l’épure -, le symbolisme des formes et des couleurs, l’esthétique du fragment, du collage, l’absence de décor, de perspective et d’échelle uniques composent des poèmes hermétiques en images qui parlent aux sens plus qu’à l’esprit.

Il y a dans cette peinture de la littérature : celle du Coup de dés, des Calligrammes ou des logogrammes. Peut-être se souvient-elle aussi de la poétique surréaliste. C’est à l’inconscient en tout cas que ces images s’adressent. L’émotion surgit de la confrontation d’éléments épars, et pas de leur agencement au sein d’une syntaxe.


Rien d’étonnant dès lors à ce que des mots, souvent, fassent mine d’accompagner ces images : Chroniques, légendes ou slogans ? Prières, litanies, ex-votos, formules magiques, écriture automatique ? Qui sait ? Ces pictogrammes illisibles - pierre de Rosette avant Champollion -, ajoutent au mystère. Le texte, comme les dessins, sont ramenés à leur graphie, signifié et signifiant tendant à s’effacer derrière leur trace sur la toile et le geste qui l’a produite.


Car c’est surtout l’acte et l’expérience de peindre qui emportent le peintre, et avec elle le spectateur pris dans ses toiles, très au-delà de la littéralité. Comme l’huître enrubanne de nacre le grain de sable qui la blesse, comme une pièce d’étoffe répare une déchirure, comme un bandage panse une plaie, Hypolite recouvre souvent d’innombrables voiles ses visions trop crues encore de la cruauté du réel. Mais cette pratique, récurrente chez elle, représente bien plus qu’une figure d’atténuation.


Le repentir tient pour elle du rite, de l’exercice corporel et spirituel tout à la fois. Il opère, de strate en strate, d’erreurs en errances, la transformation du matériau originel. Le figuré ainsi se défigure, le concret s’abstrait et seules quelques bribes demeurent de l’image première, en transparence ou par fragments.


Ce processus, bien sûr, imite le travail du temps géologique : sédimentation, enfouissement, pétrification, résurgence … Il mime aussi, par extension, celui du temps psychologique, entre refoulement, oubli, conservation et travestissement du souvenir.


Mais l’essentiel est ailleurs : ce scénario récapitule l’histoire « phylogénétique » de la peinture, son évolution de la figuration (l’art pariétal) à l’abstraction. En le réitérant sur la toile, l’artiste cherche à produire la métamorphose « ontogénétique » de représentations en conceptions, et peut-être de savoir en conscience. Celle que de tout son corps, artisan de cette transmutation, elle souhaite atteindre et nous aider à atteindre. Au risque de la disparition.



Géraldine Schrepfer